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petit tour d'horizon de l'exploration urbaine en Europe
L'exploration urbaine n'est pas nouvelle. Elle existe depuis que la civilisation a défini des espaces qui sont réservés à un cercle restreint d'individus. Chaque société voit son espace séparé en trois. L'espace public, l'espace privé et l'espace technique. C'est ce dernier espace qui nous intéresse car il est méconnu. Bien qu'il soit parfois sous nos yeux, nous avons oublié sa présence, son accessibilité. Interdit au public pour des raisons de sécurité des biens ou de sécurité des personnes, ces lieux excercent une attirance fascinante. En effet, c'est parfois dans ces zones cachées que les architectes regorgent d'imagination et développent des trésors d'ingéniosité. Arches monumentales, labyrinthe de couloirs, charpente de cathédrale en béton, etc.
L'exploration urbaine peut s'exprimer par un attrait pour les toits, les souterrains, les friches et/ou l'infiltration, toutes ces catégories étant plus ou moins liées selon l'endroit visité (les friches ont toutes un toit, par exemple). Il n'y a pas de profil type de l'explorateur urbain. La seule constance, c'est la réappropriation de ces lieux innaccessibles en temps normal: Accès réservé à un personnel qualifié ou plus simplement, un personnel autorisé. Accès interdit pour risque naturel (effondrement, fragilisation du bâtiment, présence amiante). Cette réappropriation est toujours motivée par l'attrait du lieu. S'élever pour profiter de la vue, s'engouffrer sous terre et bénéficier du calme olympien, découvrir le passé d'un lieu, s'en imprégner et enfin, pouvoir en témoigner (oralement, par l'écriture ou la photographie).
Cette forme de tourisme alternatif présente un avantage indéniable sur les visites officielles ou organisées. C'est gratuit, convivial et ouvert à toute heure! On a même vu par le passé un groupe de parisiens organiser des fêtes sur le thème de la Bretagne avec bière bretonne et galettes maison en suffisance pour près de trois cents personnes! Un orchestre était aussi de la partie, au grand bonheur des gens venus festoyer. Ici, pas de code vestimentaire obligatoire à l'entrée, pas de loi pour empêcher les gens de se droguer, pas de service d'ordre et pourtant, l'ambiance est bon enfant et la fête est auto-gérée. Ces instants de convivialité font partie du folklore. On a aussi vu un groupe de cataphiles organiser des projections clandestines souterraines d'œuvres en rapport avec les carrières dont le célèbre et cultissime film de Pierre Tchernia: Les gaspards. Ceci n'est que la partie visible et médiatisée de l'iceberg puisque chaque rencontre donne lieu à un potentiel moment de partage (discussions, soirée improvisée, échanges de plans, de bières et plus si affinités).
Contrairement à l'idée véhiculée, il n'y a pas de Mecque de l'exploration urbaine, il n'y a pas d'endroit plus que d'autres aptes à accueillir l'explorateur urbain*. Toute ville, tout village compte sa maison abandonnée, son église, son usine qui ferme, sa mairie à escalader, sa piscine à infiltrer. Il faut juste savoir s'informer, collecter l'information et l'exploiter. Si la source d'information la plus simple est le bouche à oreille, il faut cependant disposer d'un bon réseau d'informateurs car certaines friches disparaissent vite! La meilleure source d'information reste la prospection: Toquer à la porte des gens, chercher dans les appels d'offre des communes, s'informer des chantiers en cours, etc.
Attention cependant! Ces endroits sont souvent potentiellement dangereux. Nombreux sont les toits qui ne disposent ni de ligne de vie, ni de rambarde. Il est ainsi possible de tomber, mais aussi de faire tomber des objets sur des personnes se trouvant en contrebas ce qui est bien évidemment beaucoup plus grave. Les friches (même médicales, de bureaux) sont dangereuses parce qu'elles donnent l'impression de sécurité. Des gens ont travaillé dans ces endroits. Qui penserait risquer sa vie dans une ancienne infirmerie? Pourtant, bien souvent, les voleurs de métaux sont passés par là, laissant de nombreux trous béants dans le sol (vol de plaques en métal) ou des plafonds fragilisés (pillage des câbles en cuivre, de l'aluminium, démontage de parties de charpentes). Il est aussi possible de tomber nez à nez sur eux, au risque de les déranger. Certains espaces abandonnés sont aussi récupérés par des mafieux pour y loger leurs mendiants esclaves. Les cavités souterraines creusées par l'Homme présentent aussi de nombreux risques. Délaissées depuis parfois près d'un siècle, les infiltrations et l'absence de pompage accélèrent une dégradation de la pierre, en particulier le gypse. L'absence de ventilation forcée réduit le taux d'oxygène jusqu'à des niveaux mortels. Enfin, la relative difficulté d'accès est très handicapante en cas de blessure grave (monter une échelle avec une cheville cassée par exemple, n'est pas chose aisée).
Motivés par l'insolite et l'interdit, les journalistes s'intéressent beaucoup à l'exploration urbaine en France avec en particulier, les catacombes de Paris. C'est quelque part le marronier du rédacteur en chef en mal d'inspiration. Le phénomène n'est pas nouveau mais les années 2000 ont vu apparaitre un nombre croissant de reportages et d'articles à ce sujet, au grand dam des cataphiles. Dans le même temps, les rapports des cataphiles avec la nouvelle équipe de police se sont considérablement détériorés suite à l'escroquerie organisée de cette dernière qui consiste (consistait?) à ammener des gens de force sur les voies SNCF pour leur faire mettre une deuxième amende par la police ferroviaire. Radical et prohibitif pour les cataphiles en majorité étudiants ou chômeurs? Que nenni, la conséquence directe de ces magouilles policières a été l'augmentation massive des accès à tel point que débordée et moins à l'aise sous terre que les explorateurs en culotte courte, le gruyère parisien est devenu un vrai boulevard, se transformant régulièrement en boîte de nuit improvisée pour des centaines de personnes. La revanche du faible sur les ripoux?

De magnifiques arches dans une carrières du massif de l'Hautil
(Bois Roger/Triel sur Seine) - Édouard BERGÉ
Pourtant, l'exploration urbaine n'a pas pour vocation à braver l'interdit. Ainsi, nombreuses sont les carrières en France dont l'accès n'est ni réglementé, ni interdit, à la manière des cavités que les spéléologues arpentent en club. De même, certains toits sont accessibles avec autorisation même si il faut souvent appuyer sa demande d'un projet associatif (restauration, nettoyage) ou photographique. De nombreux groupes ont formé des associations de restauration du patrimoine afin de sauvegarder la mémoire de ces sites remarquables. Les associations font un travail de fond et ouvrent régulièrement les lieux dont ils ont la charge au public: Par exemple, un gros travail est fourni par l'OCRA qui organise des journées enfants en carrière et ouvre gratuitement les portes d'un aqueduc, d'une ancienne brasserie souterraine et de la carrière Delacroix aux journées du patrimoine. Ils ne sont bien entendu pas les seuls. Pensez à surveiller les manifestations aux prochaines journées du patrimoine!
En parallèle de ces associations navigue un essaim de photographes amateurs dont le sujet est presque inépuisable. Chaque carrière, chaque monument, chaque friche possède une architecture qui lui est propre, des couleurs à profusion. Pourtant, les professionnels de la photo dénigrent en masse le mouvement des amateurs de friche car "ils manquent d'originalité dans des lieux qui n'en manquent pas". En effet, c'est souvent le lieu qui fait tout le travail à la place du photographe et on voit certains s'acharner à grands coups d'effets pseudo-créatifs type HDR au lieu de cadrer un peu plus intelligemment. Sous terre en revanche, le photographe doit effectuer un travail complet en y apportant sa lumière. Il n'est plus simplement spectateur mais acteur à part entière du lieu. Il est d'ailleurs intéressant de comparer les différences de résultat pour un même cadrage entre deux photographes qui utilisent des techniques et constructions de lumière différentes. Au final, la photo reste avant tout une affaire de goût strictement personnelle et tout le monde trouvera son compte parmi les nombreuses réalisations qu'on peut trouver sur la toile.
L'exploration urbaine en Europe est fortement marquée par la scène Française, Anglaise et Russe mais d'autres pays comme la Belgique comptent quelques explorateurs actifs bien qu'isolés (En fait, surtout actifs à s'autodéclarer leader de mouvements imaginaires sur wikipedia *souriez*). Pour ceux qui voudraient découvrir un peu plus le monde merveilleux de l'exploration urbaine francophone, le plus gros forum CKZone.org vous donnera un aperçu de la scène parisienne mais aussi des nombreux autres groupes de province. Attention, l'explorateur urbain lambda est bourru, grincheux et ne supporte pas que des nouveaux viennent empiéter sur ce qu'il n'a pas tardé à s'approprier. Comme tant d'autres avant lui. Pour résumer: Le cataphile se pense clandestin et rituel alors qu'il n'est qu'associal et stupide. Il s'approprie tout au nom de la liberté (ma salle, mon tag, mon vomi) et refuse la circulation de l'information qu'il a déjà. Prendre oui, partager, non! Rien de surprenant cependant, de la part d'un parisien.
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© 2007-2012 www.exploration-urbaine.org
petit tour d'horizon de l'exploration urbaine en Europe
L'exploration urbaine n'est pas nouvelle. Elle existe depuis que la civilisation a défini des espaces qui sont réservés à un cercle restreint d'individus. Chaque société voit son espace séparé en trois. L'espace public, l'espace privé et l'espace technique. C'est ce dernier espace qui nous intéresse car il est méconnu. Bien qu'il soit parfois sous nos yeux, nous avons oublié sa présence, son accessibilité. Interdit au public pour des raisons de sécurité des biens ou de sécurité des personnes, ces lieux excercent une attirance fascinante. En effet, c'est parfois dans ces zones cachées que les architectes regorgent d'imagination et développent des trésors d'ingéniosité. Arches monumentales, labyrinthe de couloirs, charpente de cathédrale en béton, etc.
L'exploration urbaine peut s'exprimer par un attrait pour les toits, les souterrains, les friches et/ou l'infiltration, toutes ces catégories étant plus ou moins liées selon l'endroit visité (les friches ont toutes un toit, par exemple). Il n'y a pas de profil type de l'explorateur urbain. La seule constance, c'est la réappropriation de ces lieux innaccessibles en temps normal: Accès réservé à un personnel qualifié ou plus simplement, un personnel autorisé. Accès interdit pour risque naturel (effondrement, fragilisation du bâtiment, présence amiante). Cette réappropriation est toujours motivée par l'attrait du lieu. S'élever pour profiter de la vue, s'engouffrer sous terre et bénéficier du calme olympien, découvrir le passé d'un lieu, s'en imprégner et enfin, pouvoir en témoigner (oralement, par l'écriture ou la photographie).
Cette forme de tourisme alternatif présente un avantage indéniable sur les visites officielles ou organisées. C'est gratuit, convivial et ouvert à toute heure! On a même vu par le passé un groupe de parisiens organiser des fêtes sur le thème de la Bretagne avec bière bretonne et galettes maison en suffisance pour près de trois cents personnes! Un orchestre était aussi de la partie, au grand bonheur des gens venus festoyer. Ici, pas de code vestimentaire obligatoire à l'entrée, pas de loi pour empêcher les gens de se droguer, pas de service d'ordre et pourtant, l'ambiance est bon enfant et la fête est auto-gérée. Ces instants de convivialité font partie du folklore. On a aussi vu un groupe de cataphiles organiser des projections clandestines souterraines d'œuvres en rapport avec les carrières dont le célèbre et cultissime film de Pierre Tchernia: Les gaspards. Ceci n'est que la partie visible et médiatisée de l'iceberg puisque chaque rencontre donne lieu à un potentiel moment de partage (discussions, soirée improvisée, échanges de plans, de bières et plus si affinités).
Contrairement à l'idée véhiculée, il n'y a pas de Mecque de l'exploration urbaine, il n'y a pas d'endroit plus que d'autres aptes à accueillir l'explorateur urbain*. Toute ville, tout village compte sa maison abandonnée, son église, son usine qui ferme, sa mairie à escalader, sa piscine à infiltrer. Il faut juste savoir s'informer, collecter l'information et l'exploiter. Si la source d'information la plus simple est le bouche à oreille, il faut cependant disposer d'un bon réseau d'informateurs car certaines friches disparaissent vite! La meilleure source d'information reste la prospection: Toquer à la porte des gens, chercher dans les appels d'offre des communes, s'informer des chantiers en cours, etc.
*sauf ceux qui manquent cruellement d'idées...
Attention cependant! Ces endroits sont souvent potentiellement dangereux. Nombreux sont les toits qui ne disposent ni de ligne de vie, ni de rambarde. Il est ainsi possible de tomber, mais aussi de faire tomber des objets sur des personnes se trouvant en contrebas ce qui est bien évidemment beaucoup plus grave. Les friches (même médicales, de bureaux) sont dangereuses parce qu'elles donnent l'impression de sécurité. Des gens ont travaillé dans ces endroits. Qui penserait risquer sa vie dans une ancienne infirmerie? Pourtant, bien souvent, les voleurs de métaux sont passés par là, laissant de nombreux trous béants dans le sol (vol de plaques en métal) ou des plafonds fragilisés (pillage des câbles en cuivre, de l'aluminium, démontage de parties de charpentes). Il est aussi possible de tomber nez à nez sur eux, au risque de les déranger. Certains espaces abandonnés sont aussi récupérés par des mafieux pour y loger leurs mendiants esclaves. Les cavités souterraines creusées par l'Homme présentent aussi de nombreux risques. Délaissées depuis parfois près d'un siècle, les infiltrations et l'absence de pompage accélèrent une dégradation de la pierre, en particulier le gypse. L'absence de ventilation forcée réduit le taux d'oxygène jusqu'à des niveaux mortels. Enfin, la relative difficulté d'accès est très handicapante en cas de blessure grave (monter une échelle avec une cheville cassée par exemple, n'est pas chose aisée).
Motivés par l'insolite et l'interdit, les journalistes s'intéressent beaucoup à l'exploration urbaine en France avec en particulier, les catacombes de Paris. C'est quelque part le marronier du rédacteur en chef en mal d'inspiration. Le phénomène n'est pas nouveau mais les années 2000 ont vu apparaitre un nombre croissant de reportages et d'articles à ce sujet, au grand dam des cataphiles. Dans le même temps, les rapports des cataphiles avec la nouvelle équipe de police se sont considérablement détériorés suite à l'escroquerie organisée de cette dernière qui consiste (consistait?) à ammener des gens de force sur les voies SNCF pour leur faire mettre une deuxième amende par la police ferroviaire. Radical et prohibitif pour les cataphiles en majorité étudiants ou chômeurs? Que nenni, la conséquence directe de ces magouilles policières a été l'augmentation massive des accès à tel point que débordée et moins à l'aise sous terre que les explorateurs en culotte courte, le gruyère parisien est devenu un vrai boulevard, se transformant régulièrement en boîte de nuit improvisée pour des centaines de personnes. La revanche du faible sur les ripoux?

De magnifiques arches dans une carrières du massif de l'Hautil
(Bois Roger/Triel sur Seine) - Édouard BERGÉ
En parallèle de ces associations navigue un essaim de photographes amateurs dont le sujet est presque inépuisable. Chaque carrière, chaque monument, chaque friche possède une architecture qui lui est propre, des couleurs à profusion. Pourtant, les professionnels de la photo dénigrent en masse le mouvement des amateurs de friche car "ils manquent d'originalité dans des lieux qui n'en manquent pas". En effet, c'est souvent le lieu qui fait tout le travail à la place du photographe et on voit certains s'acharner à grands coups d'effets pseudo-créatifs type HDR au lieu de cadrer un peu plus intelligemment. Sous terre en revanche, le photographe doit effectuer un travail complet en y apportant sa lumière. Il n'est plus simplement spectateur mais acteur à part entière du lieu. Il est d'ailleurs intéressant de comparer les différences de résultat pour un même cadrage entre deux photographes qui utilisent des techniques et constructions de lumière différentes. Au final, la photo reste avant tout une affaire de goût strictement personnelle et tout le monde trouvera son compte parmi les nombreuses réalisations qu'on peut trouver sur la toile.
L'exploration urbaine en Europe est fortement marquée par la scène Française, Anglaise et Russe mais d'autres pays comme la Belgique comptent quelques explorateurs actifs bien qu'isolés (En fait, surtout actifs à s'autodéclarer leader de mouvements imaginaires sur wikipedia *souriez*). Pour ceux qui voudraient découvrir un peu plus le monde merveilleux de l'exploration urbaine francophone, le plus gros forum CKZone.org vous donnera un aperçu de la scène parisienne mais aussi des nombreux autres groupes de province. Attention, l'explorateur urbain lambda est bourru, grincheux et ne supporte pas que des nouveaux viennent empiéter sur ce qu'il n'a pas tardé à s'approprier. Comme tant d'autres avant lui. Pour résumer: Le cataphile se pense clandestin et rituel alors qu'il n'est qu'associal et stupide. Il s'approprie tout au nom de la liberté (ma salle, mon tag, mon vomi) et refuse la circulation de l'information qu'il a déjà. Prendre oui, partager, non! Rien de surprenant cependant, de la part d'un parisien.
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